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DAVID CONTRE GOLIATH

Rivaliser avec Vélasquez, Degas ou Renoir projeté sur grand écran : mission impossible pour les « petits artistes » exposants dans les galeries municipales accueillant désormais le dispositif Micro folie. Immersion dans une ces nouvelles expositions hydrides et coup de gueule…

« Le petit artiste », je précise qu’il n’y a rien de péjoratif dans cette expression et que je m’inclus dans cette catégorie, celui qui rame pour être exposé, paie souvent pour exposer dans des salons ou pseudo galeries, loueuses de murs n’avait vraiment pas besoin de ça. Pour tous ceux-là, confrontés au plafond de verre des galeries professionnelles, l’exposition dans une galerie associative ou municipale était une sorte de Graâl et la forme suprême possible de reconnaissance voir de rebond. La publication des dates et thèmes dans ces galeries est chaque année attendue avec impatience par les artistes. Par sa participation à ces expositions, l’artiste affirme aussi toute sa place dans l’animation culturelle de la cité. « Les petits artistes » déjà touchés par les retombées du COVID et le fait que « L’art ne soit plus essentiel », par la crise économique qui concerne les classes moyennes la plus encline à faire des achats coups de cœur et par la priorité donnée par les galeries aux artistes émergents et diplômés des Beaux-Arts, doivent affronter un nouvel obstacle.  Voilà que le dispositif Micro folie s’invite depuis peu dans les petites galeries municipales. Pour faire définitivement place nette ?

 Oui, c’est de plus en plus difficile d’exposer. Il faut accepter de monter des dossiers, de faire des kilomètres, de passer une sélection, d’être présent pour faire de la médiation culturelle. Mais jusqu’à présent, lorsqu’on était dans la place, l’espace du mur ou de l’espace qui nous était réservé, n’avait qu’à souffrir de la comparaison de nos pairs. On était tous à armes égales. Seul le talent ou le goût du public faisait la différence. L’attention du public était tendue uniquement vers les œuvres exposées. Cela ne fait pas des galeries municipales des cathédrales vouées au silence. Les ateliers d’écriture, de contes, d’activités créatives s’inspirant directement du travail des artistes accrochés participent bien évidemment à leur mise en scène, à leur lecture et à leur appréciation.

 

Ecrans

H : 54 cm

tuiles/terre cuite

2011

Ecran - 54 cm.jpg

Sillon - 20X20X30 cm - ardoise/pavé

Mais que faire par rapport à cette machine diabolique qui s’appellent Les Micro-folies. De quoi s’agit-il ? « Le dispositif Micro-folie est un musée numérique qui  permet d’accéder à des milliers d’oeuvres d’art, en haute définition, des plus grands musées nationaux et internationaux. Ce dispositif immersif invite à approfondir les expositions présentées tout le long de l’année dans ces galeries ». L’enfer est pavé de bonnes intentions. Cette intention est louable, faire connaître l’art au plus grand nombre, par le média le plus commun aujourd’hui : l’écran. Elle permet aux communes de montrer leur engagement culturel et qu’elles investissent dans la politique culturelle au moyen d’outils technologiques adaptés au public jeune. Donc sur le papier, rien à dire. Sauf que le résultat sur le terrain est parfois cataclysmique et totalement contreproductif au moins pour les artistes exposés qui ne deviennent que des faire-valoir. Expérience immersive dans ce nouvel espace d’exposition hybride.

Je pousse la porte de la galerie comme je l’ai déjà fait plusieurs fois. Un sentiment étrange m’étreint. Je ne reconnais plus les lieux. Un immense écran envahit tout le fond de la galerie et supprime ainsi de la place d’accrochage. L’immense rectangle noir attire l’attention dès qu’on ouvre la porte de la galerie. Le public est attiré hypnotiquement par la beauté des images qui défilent.

 

Rouleau compresseur

20X20X30 cm

ardoise/pavé

2012

Des banquettes confortables disposées au milieu de la galerie, qui réduisent d’autant la surface d’exposition, font penser plus à un hall de gare qu'à une galerie, mais leur moelleux vous attire. Une tablette est à votre disposition. Vous voilà immergé dans un environnement numérique enivrant, synonyme d’innovation. Il est temps déjà de rentrer, à peine un regard sur les tableaux accrochés aux murs. Ah oui, on était venu voir cette expo, mais finalement, les grands artistes c’est bien mieux que « Les petits artistes du dimanche » Une caricature, à peine. Oui quelques personnes regardent encore les tableaux et sculptures mais presqu’en rasant les murs.  Mais on a beau faire, l’attention revient au grand écran noir. L’affiche de l’exposition annonce d’ailleurs la couleur : deux reproductions de Vélasquez et Renoir plutôt que des tableaux des peintres exposés.

Il faut vivre dans son monde, mais il faut que ce nouveau monde respecte tout le monde. Oui, il est difficile de rivaliser avec un concentré de génies et de technologies. Même Tom Cruise n’aurait peut-être pas accepté cette mission impossible. Je ne condamne pas le projet Micro-folie. Il mérite un lieu dédié qui ne pollue pas l’environnement culturel où il est installé. On ne mélange pas des choses complétement différentes. Car l’écran écrase toutes les autres œuvres. Cette configuration de salle est peut-être exceptionnelle, je le souhaite de tout mon cœur, mais elle existe. Je l’ai rencontrée.

 Faudra-t-il à l’avenir pour les artistes qu’ils sélectionnent uniquement les lieux qui bannissent les grands écrans de Micro-folie pour conserver ce lien physique, sensuel, cet échange d’émotions entre une toile et le public qui vient à sa rencontre sans parasite ? J’ai rencontré lors de cette exposition, un écran géant, qui m’a gavé de belles images parfaites, qui défilaient au rythme voulu par l’ordinateur plutôt qu’une exposition avec toutes ses nuances d’humanité, d’imperfection, de fragilité qui nous font parfois sourire et souvent pleurer.

Après avoir été l’objet central de l’exposition, puis le prétexte à des animations, faudra-t-il s’habituer à ce que les tableaux et sculptures servent de simple décoration autour de l’autel digital ? Ce n’est plus une micro-folie mais du grand délire !

 

Mécanisme

40X35 cm

céramique:bois

octobre 2024

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DIALOGUE OU CONFRONTATION ?

Cette sculpture ne devait pas être cela au départ. Le résultat est le fruit d’une fulgurance du dernier moment, comme la réponse à un travail inachevé. L’an dernier, à l'atelier multi matériaux auquel je participe à Beauvais, j’avais travaillé sur les rides et j’avais été interpelé par le masque mortuaire de Dante, nez aquilin, et fin, lèvres tombantes, menton proéminent, comme défiant la mort. Mais ce qui m’intéressait de reproduire, c’était avant tout le nez, la bouche et le menton, une espèce de triangle, bordé de sillons représentant les rides et intrinsèquement l’âge et la mort. Cette partie du visage prise isolement avait la beauté et le caractère sauvage d’un paysage de montagne, avec un pic, un cap et ses vallonnements. J’avais mon sujet ! Le but initial de l’exercice était simplement de mieux appréhender les techniques de taille de pierre. Quant à la matière, ce serait de la pierre de Saint Maximin.

Ce travail a commencé au printemps 2025 pour se terminer début décembre 2025, à raison d’une séance par semaine. Au départ donc, c’était un simple exercice de taille de pierre sur un bloc de pierre de Saint-Maximin, carrières situées dans le département de l’Oise. L’enseignant qui dirige l’atelier, tient à ce qu’on réalise une maquette en terre pour bien appréhender les volumes et le sujet. La maquette en terre crue, réalisée à l’échelle 1, m’a dès le départ interpelé. Je sentais, sans savoir quoi en faire que j’en ferais quelque chose et qu’elle méritait mieux que de finir dans la poubelle de l’atelier comme les autres modèles.

Tailler la pierre apprend la patience. Chaque geste compte et peut être fatal. Un dialogue avec la matière doit s’instaurer « quitte à passer une heure, deux heures devant le bloc de pierre à simplement regarder pour comprendre. Ce n’est jamais une perte de temps, même si les autres pensent qu'on est un glandeur! ». Dessiner sur la pierre est tout aussi important que de choisir les bons outils. Dessin éphémère qu’il faut sans cesse refaire.

 

Dialogue ou confrontation?

H : 28 cm

terre crue/pierre de Saint Maximin

décembre 2025

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Début décembre, j’arrivais à la fin de mon labeur. La sculpture était enfin finie. Le résultat, curieusement même s’il respectait les proportions, n’était pas très ressemblant. Une certaine insatisfaction s’installait en moi et simultanément l’impression que le travail n’était pas fini, voir qu’on était au tout début d’une nouvelle aventure.

Pourquoi pas alors associer les deux sculptures, le modèle et sa représentation? Cela a commencé par un dos à dos, puis un décalé, puis un face à face. Les interrogations fusaient. Socle ou pas socle ? Quelle distance optimale entre les deux statues ? Quelle mise en situation choisir ?

Petit à petit, les deux sculptures n’en faisaient plus qu’une aux multiples combinaisons. Qui plus est, même si elles ne représentaient au départ qu’une bouche et un nez, elles avaient au final des formes anthropomorphiques. Selon leur position, la distance qui les séparait, on était soit dans un dialogue, une confrontation, un rapport d’amitiés côte à côte, voir les prémices d’un baiser.

Cette sculpture avec ses deux côtés, telle Janus de l'Antiquité, parlait tout simplement des rapports humains.

 

Dos à Dos

H : 28 cm

terre crue/pierre de saint Maximin

décembre 2025

 

En décalage

H : 28 cm

terre crue/pierre de Saint Maximin

décembre 2025

La métamorphose se poursuivait comme dans un film en accéléré. Conscient de la fragilité de la terre crue utilisée pour le modèle, l’enseignant m’a proposé de recouvrir la sculpture de terre de gomme laque.

Comme par magie, la terre crue à pris une couleur ocre. Le contraste de couleur entre le blanc et l’ocre était saisissant. Une plasticienne qui travaille dans le même atelier s’est approchée de la sculpture et m’a demandé « si j’avais voulu travailler sur le métissage.  Car la sculpture en pierre blanche de Saint Maximin a les traits négroïdes et la sculpture en terre couleur bronzée à les traits eurasiens »

Je me suis alors rappelé que par le passé, j’avais déjà réalisé une sculpture de jardin intitulée « Mondes métisses » à partir de boules de terre cuite bicolore. Le remarquable travail en céramique de Catherine Mufraggi sur le Rapport Nord-Sud me revenait alors aussi à l’esprit. 

On est ainsi avec cette sculpture dans un dialogue à plusieurs niveaux : matières, races, individu, couleurs… A l’heure ou dans l’actualité, les frontières entre dialogue et confrontation sont très tenues, j’ai trouvé que cette sculpture résumait bien l’ambivalence de ces deux notions et qu’il suffisait de la volonté d’un chef d’état ou de l’artiste pour brusquement changer de contexte et les rapports à l'autre.

Il aura fallu six mois pour faire une sculpture et moins de deux heures pour faire une œuvre d’art parlant de son époque et des tensions qui la traversent.

Côte à côte

H : 28 cm

terre crue/pierre de saint Maximin

décembre 2025

 

Rapprochement

H : 28 cm

terre crue/pierre de Saint Maximin

décembre 2025

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DIALOGUE EPISTOLAIRE...

Un lecteur de mes rubriques, à l’occasion de la parution de l’article « Dialogue ou confrontation ? » m’a gentiment répondu pour dire à la fois la justesse de ma démarche, m’encourager à faire plus grand et peut-être plus « mécanique » Il y avait toujours pour lui, à la fois un côté sociologique et religieux dans cette œuvre. Il a enfin évoqué Rodin, ses fulgurances et ses folies, en m’encourageant à peut-être travail plus sur le modelage pour lequel il me sent plus inspiré. Cet échange épistolaire m’a donné envie d’apporter une réponse qui complète et affine ma première approche.

Certains par le passé, m'ont effectivement dit que je faisais de belles maquettes et qu'il restait juste à faire plus grand... Oui, cette oeuvre, mériterait plus grand, de s'inscrire dans le mouvement mécanique comme les machines de Tinguely, mais je ne sais pas faire... Peut-être, le grand, le très grand me font peur, tant ils ont déjà été bien appréhendés par mon arrière grande tante Ludwika Nitchowa Kraskowska (1889-1989), sculpteure officielle du régime polonais avant et après la seconde guerre mondiale à qui on doit entre-autres la sculpture de la sirène monumentale au bord de La Vistule à Varsovie. Je dis ça, mais moi aussi, j’ai une œuvre monumentale Des vides et des pleins, au bord d’un des plus grands fleuves d’Europe ; la Seine, sur l’île Nancy à Andrésy dans les Yvelines.

Parfois artistiquement, je pars en digression. J'aime bien ce mot, comme si j’ouvrais une parenthèse. Je soude, je modèle, je sculpte au sens enlever de la matière. Mais ce sont des techniques pour juste exprimer une idée. Ma vraie inspiration elle est dans la résilience, le « reconstruit », le Singatsu dirait les Japonais qui ont érigé ce principe en philosophie. L’art d’assembler des morceaux cassés. Lors d'un salon d'art contemporain à Chartres où j'ai exposé en octobre 2025 on m'a mis dans la section Perceptions." Perception illustre la vision que peuvent avoir les artistes des axes visibles et invisibles du monde. Influencés par le passage du temps et la rêverie, les créations peuvent être tout à la fois douce et lisse comme brisées et usées". C'est dans cette dernière famille que je m'épanouis pleinement. Je suis peut-être aussi trop "humaniste" et pas assez mécanicien…

Etonnant également que vous  parliez de Rodin. Parfois aussi, je m'intéresse comme lui au "non finito" comme dans Ebauche d'un nouveau monde, l'histoire d'Adam et Eve revisité au temps du COVID.

Dernière réflexion, oui, il y a un côté religieux dans cette œuvre mais inconsciemment au départ. J'ai réalisé ce fait après avoir assisté cette année à la messe de Noël à saint Germer de Fly. Le thème de l'homélie était le Dialogue. « Au début était le Verbe et le dialogue entre Dieu et l'homme. Puis l'homme a pêché et s'est éloigné de Dieu »(confrontation?) Encore une pièce du puzzle à rajouter. Le Mystère, j'ose le grand M, s'épaissit d'autant que Dieu a façonné l'homme à son image ! Cette image est double, comme le bien et le mal, la lumière et les ténèbres. Les deux faces se complètent. Et puis, n’oublions pas que le point de départ, c’est le masque mortuaire de Dante Alliegheri qui a écrit La divine comédie et a fait voyager ses lecteurs au travers de l’Enfer, puis du Purgatoire et enfin du Paradis. Une amie architecte qui est en ce moment à Tahiti y a vu des Tikki polynésiens. Où est la vérité ?  Il y a forcément du spirituel dans cette œuvre autant qu’une analyse psychologique des rapports humains.

Je retiens pour finir cette citation à propos du masque mortuaire de Dante « Un visage si présent qu’on pourrait presque sentir le souffle du grand poète lorsqu’on se trouve face à lui ».

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ELEGANTES VOILEES : ESTHETISME OU PROVOCATION ?

Tordons tout de suite le cou à la critique. Non ce n’est surtout pas une apologie d’une idéologie religieuse radicale. Cette œuvre réalisée en octobre 2025 est de prolongement de ma série Les élégantes chapeautées qui est le fil directeur de la création en 2025 et même un lointain prolongement du temps où je peignais et où j’avais représenté deux femmes marocaines habillées de bleu dans un décor ocre. Cette œuvre est simplement, et cela me paraît légitime, un questionnement sur le fait de savoir si une femme voilée peut-être belle et élégante, même si ses formes sont masquées par le voile ? La réponse est évidement oui. Ailleurs, pour des raisons confessionnelles ou culturelles, c’est une évidence. Sur certains podiums de défilé de mode, il arrive de voir des mannequins la tête légèrement voilée. L’esthétisme, au sens agréable à voir et bien proportionné, est alors d’autant plus mis en valeur qu’il joue sur la combinaison des couleurs et les drapés des tissus.

 Pour ce tableau, je me suis inspiré de femmes tchadiennes sur les marchés subsahariens et des femmes soudanaises dans les camps de refugiés qui ont fui la guerre civile. Seuls leurs vêtements, la grâce dont elles les portent, leur assure une noblesse qui fait presque oublier le tragique de leur situation. L’enchevêtrement de tissus et de couleurs qui constituent leurs habits, constitue de véritables tableaux abstraits vivants. Nicolas de Staël disait : « On peut transformer n’importe quel sujet en formes géométriques jusqu’à transformer un sujet figuratif en abstraction ». Mon travail s’est inscrit dans cette optique.

Ces femmes tchadiennes sont aussi le pendant féminin d’un tableau intitulé Touareg que j’ai réalisé cette année, après avoir réellement rencontré un homme bleu du désert venu vendre des bijoux en France. Je me suis imaginé sa femme, au marché après avoir travaillé à l’atelier à enfiler des perles.

Alors oui, il y a un petit côté provocation, car le sujet est sensible, comme quand j’ai intitulé un de mes tableaux « Couple après l’amour ». C’est une façon de lancer le débat, nullement de prendre position.  Elégantes voilées paraît pour certain(es) un non-sens Ils ne voient que le symbole de soumission même si le jugement s’adoucit quand j’évoque les camps de réfugiés du Soudan et d’Erythrée. l'élégance naturelle du porté des drapés est l'ultime droit que les femmes ont pour exprimer une forme de résistance. Moi je vois dans ce tableau de la couleur, de la vie, de la complicité et de la sororité.

La question d’élégance des femmes voilées ne se posait d’ailleurs pas au XIXème et XXème siècle à travers le courant artistique de l’Orientalisme. Je reprends à ce sujet l’explicatif, fort bien fait, de la salle dédiée à ce courant au musée départemental de l’Oise (MUDO) à Beauvais réouvert récemment « Le Maghreb fait partie des sources d’inspiration privilégiées. La grâce avec laquelle le peintre beauvaisien Maurice Bouviolle (1893-1971) représente les peuples algériens n’a égal que la dignité que Marthe Flandrin (1904-1987) insuffle aux hommes et aux femmes rencontrés pendant son voyage au Maroc. Le pittoresque et l’exotisme de certaines tendances du XIXème siècle, laissent place à une nouvelle fascination artistique, faite de modernité, de douceur et de sensibilité. L’œuvre de ces artistes invite au voyage autant qu’il conserve la mémoire de ces territoires et de leurs peuples ». Mon travail s’est inscrit aussi dans cette optique.

Plus près de nous, le photographe Steeve Mac Curry a immortalisé en 1984 une Jeune Afghane aux yeux verts hypnothiques et voilée de rouge, Sharbad Gula, dont le regard a fait le tour du monde.  Cette photo est devenue une photo culte maintes fois copiée par des peintres amateurs pour sa beauté et l’énergie vitale qu’elle dégage.

Alors finalement, l’esthétisme rejoint une certaine forme d’orientalisme qui s’inscrit dans l’histoire picturale de l’art à toutes les époques.

 

Elégantes voilées 1

32X39 cm

céramique/ardoise

octobre 2025

 

FESTIVAL DES CONTES D'AUTOMNE

Ma dernière création, un cygne fait avec des matériaux de récupération est digne d'un conte et m'a inspiré cette petite histoire qui commence en Bourgogne et se finit en Pays de Bray. Un grand merci à Adeline qui m'a initié à l'art subtil du conte, à François qui m'a donné cette gaffe et qui l'a contextualisé avec des archives personnelles et à Catherine pour ses encouragements que j'ai repris. 

FAIS MOI CYGNE…

Il était une fois, car un conte commence toujours ainsi, un sale type, batelier de profession, appelé par ses confrères, car il n’avait pas d’amis : Jo le Gaffeux. C’était au temps heureux de la batelerie sur le canal de Bourgogne. Son surnom venait du fait qu’il ne se séparait jamais d’une longue gaffe terminée par une sorte de crochet avec une pointe à son extrémité. Celle-ci servait à rapprocher les bateaux sans les abimer. C’était aussi une arme redoutable qu’il utilisait soit comme un bâton ou une lance pour rosser ou repousser tout intrus ou fâcheux. Il avait même donné un nom à son outil : La pousse toi de là. Réputé roublard et porté sur la bouteille, voir violent, il menait une vie de reclus sur sa péniche amarrée au ponton loin en retrait de l’écluse et du centre du village, quand il ne naviguait pas. Les promeneurs sur le chemin de halage évitaient son regard de peur d’être pris à parti.

Ainsi ce beau jour de mai, le temps était calme. Cygnes et canards s’ébattaient le long du bord avant de glisser majestueusement sur l’eau du canal. Un jeune cygne de l’année longeait l’Arrogante, car tel était le nom qu’avait donné Jo le Gaffeux à sa péniche. Celui-ci pour une fois s’était séparé de sa gaffe. Celle-ci était posée négligemment sur le pont. L’extrémité en forme de col de cygne dépassait du bastingage et se reflétait dans l’eau. Le jeune cygne, ému par une telle vision si étrange et si belle à la fois s’est rapproché, a regardé ce cou gracile, ce bec effilé, qui touchait presque à la perfection. Seul bémol, il ne pouvait voir le corps de ce charmant volatil, mais il l’imaginait parfait. Le jeune cygne s’est alors encore rapproché, a voulu s’élever pour en savoir plus, mais un autre reflet, cette fois-ci hostile est apparue à la surface de l’eau stagnante. « Hola, oiseau de malheur, n’approche pas de ma coque ou je t’embroche avec ma gaffe ». Le génie de la rivière, qui est partout et nulle part, surtout là où on ne l’attend pas, sentant un danger réel menacer la vie du pauvre cygne s’exprima de cette façon au travers de l’animal tout surpris de parler désormais comme un humain « Hola batelier, ta vie sera courte si tu t’en prends à moi. Je prendrais corps dans l’arme qui m’a occis et je te survivrais »

Furieux d’un tel propos, le batelier se saisit de sa gaffe et donna plusieurs coups sur la tête puis le corps du cygne jusqu’à ce que celui-ci ne bouge plus et dérive avec le courant vers l’aval. La vie du pauvre cygne avait été bien courte.

La semaine suivante, alors qu’il lavait le pont de sa péniche, Jo le Gaffeux crut entendre un bruit à l’arrière du gouvernail, comme un tronc qui heurtait la coque. Il se pencha, son pied glissa sur le bois mouillé et il tomba à l’eau. Pris dans les algues, il ne put remonter à la surface. Ce fut la fin tragique de Jo le Gaffeux. Personne ne le regretta ni ne le pleura. Le batelier n’ayant point de famille, sa péniche et tout ce qui était à bord resta longtemps sur les bords du canal avant que le service de navigation ne décide de l’évacuer pour éviter qu’elle ne coule. Une vente fut organisée par un commissaire-priseur pour liquider les petits objets et le mobilier contenu dans la péniche. La gaffe et un éteignoir furent rachetés par un brocanteur bourguignon à l’air jovial, amoureux des vieux objets.

L’objet privé de son long manche est demeuré dans une boîte une bonne vingtaine d’année sans voir la lumière. Entre temps, le brocanteur avait déménagé plus au nord en Pays de Bray. Puis ce même brocanteur avait eu besoin de faire de la place. Parmi ses relations, il y avait un artiste qui travaillait avec des objets anciens. Il décida de lui donner ces deux objets, la gaffe et l’éteignoir en lui disant « Dans six heures ou dans six ans, ces objets t’inspireront ». Il avait décelé au premier regard, ce pétillement, synonyme de création à venir dans les yeux de l’artiste.

De retour chez lui, l’artiste alla directement à son atelier. La moitié d'un vieux plumeau l’y attendait depuis des années. Le reste de l’objet avait déjà servi à faire la sculpture d’une autruche. Alors pourquoi pas un cygne ! L’extrémité de la gaffe pourrait très bien représenter le col et la tête du cygne, le plumeau son corps soyeux, souple et tout en volume. Les deux manches s’emboitaient parfaitement comme par enchantement. En moins de trois heures un cygne gracieux, soyeux, majestueux était apparu, trônant fièrement sur l’établi de l’artiste.  « La combinaison parfaite du dur et du souple » dira plus tard une amie de l’artiste en voyant la nouvelle sculpture.

 La prophétie du génie de la rivière s’était réalisée. Tel un Phoénix, le cygne renaissait de ses cendres pour l’éternité. Tel est le pouvoir de l’art. Il est vain de vouloir faire disparaître la beauté. Elle trouvera toujours au bout d’un moment, une main habile pour réapparaître et triompher. Faire le mal pour le mal n’est jamais profitable…

 

Cygne

H : 29 cm

métal/fibre plastique/bois (socle)

novembre 2025

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LE GRES ROUGE, AUTRE TRESOR GEOLOGIQUE DU PAYS DE BRAY, ET AUTRE SOURCE D’INSPIRATION

Le grès rouge ou dénommé ocre dans le sud de la France où il est plutôt utilisé sur ces capacités à teindre les façades en couleurs vives, rouge, orangé, ocre, rose, est une roche issue d’une sédimentation détritique en période d’émersion soit de zones fluviales soit deltaïques. Elle mélange, sable, quartz et fer. Après lessivage de cette roche originelle, ne subsistent que les oxydes de fer qui vont cimenter les grains de quartz. Ceci génère une altérite ferrugineuse ou croûte de fer. C’est un matériau homogène, compact et résistant qui se taille bien. Il fut essentiellement utilisé entre le XIVème et le XVème siècle. Ses usages récents sont des réemplois.

Quand on parle « grès rouge » dans le Pays de Bray, on fait référence souvent aux :

  • Grès ferrugineux (rouge/orangé) présent dans le sous-sol, exploité comme pierre de construction ou moellon.
  • Argiles plus colorées (rouge, ocre) servant à poterie ou tuile, ou serties dans les maisons comme soubassement pour lutter contre l’humidité.

Le grès rouge fait partie du paysage architectural, industriel et patrimonial du Pays de Bray. Aujourd’hui il est éclipsé par l’argile et l’empreinte que ce matériau a laissé tant au niveau activité industrielle avec les tuileries, briqueteries et multiples ateliers de potiers qu’au niveau des constructions avec l’explosion des maisons en brique à partir du milieu du XIXème siècle. On retrouve la trace du grès rouge en traversant certains villages comme Hodenc en Bray avec la nef de l’église et l’immense mur d’enceinte d’une ferme seigneuriale du XIV et XVème siècle

C’est aussi le cas à Savignies, où des murs entiers sont constitués de grès rouge, qu’on retrouve aussi sur l’église et certaines bases de murs qui sont constitués de blocs de couleur rouge bordeaux, marrons, rouille, violet, lie de vin associée à la couleur orangée des tuiles. On peut aussi dans ce village se promener le long du chemin du lavoir où on déambule dans un chemin creux bordé de roches jaunes friables et sablonneuses, couleur ocre.

Le lieu le plus spectaculaire est certainement le front de taille de l’ancienne carrière de Rainvillers à la sortie de Beauvais, long d’une centaine de mètres et haut de cinq à six mètres. Le tout est envahi de végétation. Le contraste de ces ocres et du vert renvoie aux images de Roussillon dans le sud de la France. Cette carrière est adossée au Mont Rouge. Elle servait à l’extraction de l’oxyde de fer et était couplée à une forge. Une rue de la forge existe encore sur cette commune.

Le poète local Philéas Lebesque (1869- 1958) qui a chanté le Pays de Bray, écrivait dans un de ces poèmes :

« C’est que le ciel, soir et matin, mouille et féconde

Ton sol amer, où le fer brun gît sous la sonde »

 

Bison

H : 32 cm

grès rouge

mai 2025

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Ocre et ardoise1

 

Ma rencontre avec le grès rouge est récente. Elle date du printemps 2023 où Monsieur François Faure, natif de Rainvillers et amoureux comme moi du Pays de Bray, m’a amené visiter l’ancienne carrière. Au pied du front de taille, on peut encore ramasser des blocs de grès. La forme de ces blocs m'inspire la forme d'animaux : lièvre, bison, grizzly et peut-être d'autres animaux dans l'avenir. J'essaye de respecter le plus possible la forme et la texture initiale. J’ai aussi utilisé les formes brutes de ces roches pour les associer avec des éclats d’ardoise venant de Trélazé dans le Maine et Loire, colorées par des oxydes de fer afin de jouer sur les contrastes entre l’ocre et le noir. Ces formes angulaires et abstraites sont toute en mouvement. En tout, j’ai réalisé sept tableaux ou sculptures avec le grès rouge.

 

 

Trélazé 1

55X35 cm

ardoise/grès rouge

juin 2023

 

UN PIGEON VOYAGEUR...

Mon Pigeon ramier, a été présenté lors de l'exposition conférence sur Les pigeons voyageurs, dans l'art avec le célèbre pigeon Nicolas  de Pompon, dans le sport et dans l'histoire , salle des fêtes de CUY SAINT FIACRE (76) les 1er et 2 novembre 2025 à l'initiative de l'association Les Amis de l'Ours.

Pigeon ramier

H : 39 cm

Métal

novembre 2024

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Pigeon ramier

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BALADE CHROMATIQUE A BRESLES

En avant première, découvrez l'exposition Balade chromatique à la médiathèque Madeleine Odent à Bresles du 28 octobre au 18 novembre 2025. Marc KRASKOWSKI présente une trentaine de tableaux.

Marc KRASKOWSKI présente sept mini-séries : trois très colorées, Recollement à partir de tuiles vernissées, d’ardoise et de zinc, Heure dorée, travail avec comme point de départ une approche photographique avec des céramiques artisanales, Portraits d’élégantes chapeautées, série qui est son fil rouge en 2025, à partir de chutes de céramique artisanale et Arbres mixant des matériaux. Les séries Perspectives, Humains, sont réalisées avec des tuiles aux couleurs plus terreuses. Enfin la série Trélazé est réalisée en ardoise et morceaux de grès rouge.

Pour cette exposition à la médiathèque de Bresles, où Marc Kraskowski expose pour la première fois, il a conçu cette exposition comme une balade chromatique qui est également une visite de toute la palette de couleurs qu’il utilise à travers ses matériaux. On passe ainsi des couleurs vives ou douces de la céramique, aux couleurs terreuses des tuiles pour finir par le contraste entre le noir des ardoises et le jaune du grès rouge.

Il nous amène sur certains de ces thèmes de prédilection comme l’abstrait, les arbres, la représentation symbolique du visage ou la notion d’ordre et de désordre, d’accumulation inutile. Car derrière un travail que certains qualifie « d’ornemental », il y a toute une réflexion sur les dysfonctionnements de la société, sur la résilience, la perdurance du patrimoine, la part de hasard dans les rencontres et l’association des matériaux et le caractère éphémère des choses et de la vie.

 

Marais du Crotoy 2

30X49 cm

céramique/ardoise

mars 2025

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Au-delà des couleurs primaires, du cercle chromatique, chaque couleur, selon les sociétés où l’on vit à une signification. Petit code des couleurs pour mieux lire mes tableaux.

NOIR : en Occident, le noir représente le luxe et l’élégance mais aussi le deuil

BLANC :  mariage, naissance, pureté

ROSE : amour, tendresse, douceur

BLEU : en Occident, synonyme de calme et de foi, le bleu apaise, inspire et apporte sérénité

JAUNE : donne de l’énergie, de la confiance en soi, provoque de l’enthousiasme

ROUGE : couleur ambivalente. Peut à la fois inspirer l’amour, la luxure, la mort, le sang ou la colère

VERT : représente la nature. Evoque l’équilibre, la fraîcheur, la réussite, l’harmonie, la nature

 

Trélazé 2

31X58 cm

ardoise/grès rouge/bois

septembre 2023